Francis ponge

Publié le par Aimela

Mon amie Anik m'a fait découvrir ce poète , j'aimerai à mon tour vous le faire connaître

Francis Ponge (Montpellier, 27 mars 1899 ; Le Bar-sur-Loup, Alpes-Maritimes, 6 août 1988) poète français


 Le "drame de l'expression"

Poète contemporain, il éprouve déjà, à l'âge de dix-sept ans, une violente révolte contre le parler ordinaire : "N'en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant donné les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire, mais même à parler" (Proêmes, "Des Raisons d'écrire", II, Ponge souligne). Les difficultés qu'il éprouve à exprimer sa douleur après le décès de son père en 1923 avivent son sentiment d'un "drame de l'expression" : le désir irrépressible de s'exprimer (ce que Ponge appelle la "rage de l'expression") affronte un langage dont les imperfections contraignent, voire faussent tout discours (il faut donc s'exprimer "compte tenu des mots").

Dans cette perspective, Ponge fait sienne la conception du poète selon Lautréamont : le poète doit être "le citoyen le plus utile de sa tribu" parce qu'il invente le langage qu'emploieront ensuite les journalistes, les juristes, les négociants, les diplomates, les savants. S'il appartient au poète de modifier le langage, alors il lui faut d'une part maîtriser à fond ce langage et d'autre part voir ce que ce langage peut dire des choses les plus simples (laissant pour plus tard les choses complexes - ainsi le projet ultime de Ponge, "l'Homme", n'aboutira-t-il jamais). Loin de tout sentimentalisme romantique, Ponge choisit de construire des "définitions-descriptions" de l'objet et consacre son écriture aux "choses" familières qui nous entourent (le cageot, la cigarette, la bougie, l'orange, le galet...): "Naturare Piscem Doces" (Tu apprends au poisson à nager) dit l'auteur au début de "Proêmes". Ce travail aboutit, après dix ans d'écriture, à la publication, en 1942, du Parti pris des choses. Cette apparente lenteur s'explique par le fait que, au cours des années 1930, son emploi aux Messageries Hachette, qu'il qualifie de bagne, ne lui laisse que vingt minutes par jour pour écrire puis, pendant la guerre, par la priorité qu'il accorde à ses activités de résistant.

 Le projet du Parti pris des choses 

Le Parti pris des choses tente de rendre compte des objets de la manière la plus précise et la plus rigoureuse possible, cherchant en particulier à exprimer leurs qualités caractéristiques. Ce compte-rendu porte sur les qualités physiques de l'objet (Ponge recourt volontiers au vocabulaire technique des sciences expérimentales ; signalant à plusieurs reprises sa dette envers Buffon ou de Martonne [réf. souhaitée], il insiste sur la parenté entre son travail et la recherche scientifique), mais aussi sur les qualités linguistiques du mot désignant l'objet, en particulier l'étymologie, mais aussi le choix et l'ordre des lettres qui composent le mot. Ainsi Ponge écrit-il en ouverture du Cageot : "À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot". L'ambition du poème consiste alors à établir des liens justifiant le rapprochement entre l'objet d'un côté et le mot de l'autre - ce que Ponge appelle "fonder (le mot) en réalité" : on a pu ainsi qualifier son travail de "cratylisme", par référence au Cratyle de Platon où Socrate tente d'établir des étymologies ainsi "fondées en réalité".

Il en découle que chaque objet commande sa propre rhétorique, et jusqu'à la forme même du "poème" destiné à rendre compte de ses qualités. Ponge résume cette recherche par une équation frappante : "En somme voici le point important : PARTI PRIS DES CHOSES égale COMPTE TENU DES MOTS." (Méthodes, "My Creative Method", daté "Sidi-Madani, lundi 29 décembre 1947"). Le signifiant est alors exploité tant phoniquement que graphiquement (Ponge fréquente assidûment les peintres, notamment Braque, Picasso et Fautrier auxquels il consacre des essais). Ainsi le mot s'emploie-t-il comme matériau du texte (Ponge s'inscrit dans la lignée poétique de Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé et Roland Barthes).

Cependant, les jeux de lettres relèvent de l'arbitraire de la langue et de l'irrationnel (le rapprochement entre "cage", "cageot" et "cachot" peut encore se justifier, mais entre "savon" et "savoir", par exemple, l'analogie semble bien plus discutable). Ponge s'évertue, dans le Parti pris des choses, à accroître cette part irrationnelle au moyen de calembours, d'allitérations, de permutations de lettres, d'analogies gratuites, d'associations d'idées audacieuses (à propos de l'orange, il évoque la "lanterne vénitienne des saveurs"), tout en restant, en apparence, sur une description "à froid". Cette tension extrême des textes diffuse un humour très subtil, lequel couvre d'apparences débonnaires ou futiles un message bien plus tragique et subversif : le "compte tenu des mots" s'avérant impérieux pour tout discours (pas seulement pour les textes du Parti pris), et la forme de ces mots relevant en partie de l'arbitraire linguistique, alors il existe nécessairement une part irrationnelle dans tout discours. Dans une telle perspective, truffer une description en apparence objective et rigoureuse d'éléments irrationnels ressemble, à bien des égards, à un travail de sape systématique de la langue. Commentant son propre travail, Ponge évoque un "anarchiste" en train de construire une "bombe" dont la "poudre" serait l'irrationnel (Entretiens avec Philippe Sollers). Par ailleurs, cette dimension irrationnelle inhérente à tout discours renvoie l'individu à l'absurdité de sa condition.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Ponge

Voici un de ces poèmes

 

Le mimosa
Sur fond d'azur le voici, comme un personnage de la comédie italienne, avec un rien d'histrionisme saugrenu, poudré comme Pierrot, dans son costume à pois jaunes, le mimosa.
Mais ce n'est pas un arbuste lunaire : plutôt solaire, multisolaire…
Un caractère d'une naïve gloriole, vite découragé.
Chaque grain n'est aucunement lisse, mais formé de poils soyeux, un astre si l'on veut, étoilé au maximum.
Les feuilles ont l'air de grandes plumes, très légères et cependant très accablées d'elles-mêmes ; plus attendrissantes dès lors que d'autres palmes, par là aussi très distinguées. Et pourtant, il ya quelque chose actuellement vulgaire dans l'idée du mimosa ; c'est une fleur qui vient d'être vulgarisée.
… Comme dans tamaris il y a tamis, dans mimosa il y a mima.
F. Ponge, La Rage de l'expression, 1952
 

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clo 09/05/2008 13:45

Merci à toi Aimela d'avoir porté ce poète à ma connaissance.
Ce soir, je me coucherai moins bête -;)))

Aimela 09/05/2008 13:52


Dis merci à mon amie Anik car moi non plus, je ne connaissais pas avant qu'elle m'en parle. j'aime bien apprendre et curieuse, j'ai fouillé un peu sur le net . Merci