LE 122

Publié le par Aimela



Quand les chiffres s'en mêlent....

 C'est  une des deux propositions des
poudreurs d'escampette.   j'ai lu le texte de Cloclo que je connais pour l'avoir rencontré  à Paris lors d'une rencontre d'un atelier, j'ai été emballée et je lui ai demandé si elle voulait bien me l'offrir  pour mettre sur mon blog, elle a bien voulu et je la remercie infiniment . Si vous avez un peu de temps faites un petit tour  sur son blog indiqué à la fin du texte, elle a de très beaux textes
 
Le 122 


Merde, avec ses embrouilles, il a  failli me faire  louper le 122, ce pingouin, c'est pas qu'il est meilleur que les autres, le 122, ni plus vieux ni plus neuf, juste un bon vieux comme je les  aime. J'suis sûre qu'il l'a fait exprès, cet escogriffe, y sait que j'y suis affectivement attachée, que j'y ai tant de souvenirs, mais il est tellement jaloux ! J'aurais bien pris le 126, mais ça m'aurait  fait faire un détour et je risquais
d'arriver en retard à mon rancard. On passe par tous les lotissements et sous - lotissements, lieux dits et non dits, il fait tous les arrêts, y s'arrête même quand y a personne pour monter...
 
Le Louis , je l'ai toujours dit, y conduit à l'aveugle, et que je te parle à droite, et je te parle à gauche, une vraie pipelette, pire qu'une gonzesse. Smac, smac, un bisou par çi, un bisou par là, on dirait qu'il connaît personnellement la France entière, c'est tout juste s'il n'embrasse pas toutes les voyageuses qui montent dans son bus. Un jour, je ferai un papier à la société des transports Stanislas, c'est sûr, pour abus de biens publics.


L'accolade ? Moi, j'ai refusé tout net, j'ai dit : je ne mange pas de ce pain là, il a répondu, le Louis : mais c'est du pain tout frais, pas de la veille ! Tout le bus a rigolé. Sauf moi. J'ai été m'asseoir au fond, avec les jeunes, les jeunes, y s'poussaient du coude. T'as vu, elle fait sa mijaurée. Mijaurée vous-mêmes, que j'ai dit, c'est pas à mon âge que je vais commencer à relècher les chauffeurs de bus. Ils ont encore éclaté puis ont mis leur musique à fond. Quand j'ai protesté, ils ont dit : bien fait pour toi, t'avais qu'à t'installer devant, le fond du bus, c'est pour les jeunes, places réservées, touche pas à mon sac, ou à mes pieds, ils ont payé leur  place.


Mon oeil, qu'il a payé sa place, son sac ! Non seulement les jeunes squattent le fond du bus, mais ils utilisent deux sièges, un pour eux, un autre pour leurs impedimenta. C'est quoi c'te bête, m'a demandé le grand roux avec ses taches sur le nez. Ben, les bagages des soldats romains, j'ai  répondu. C'est sûr, vous autres, vous préférez faire le guignol dans les bus plutôt que vot' service militaire ! Ca vous f'rait pourtant pas d'mal ! Des romains, depuis l'temps qu'je prends l'bus, qu'il répond, le Poil de Carotte, j'en ai pas vu la queue d'un. Et ils se sont encore fendu la pipe.


Les jeunes, j'en reviens pas, ils s'amusent tout le temps du voyage à s'envoyer des textos d'une place à l'autre, et à se répondre, et à se re-répondre, ou ils se prennent en photo et se les échangent en riant comme des baleines. Que c'est con, la jeunesse, tout de même ! Un dernier m'a dit, allez, ça va, reste là, on te calcule, j'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire...


Le 122,  mon bus à moi, est pourtant chargé de tant de  souvenirs ! C'est là que j'ai fait la rencontre de Jojo, il y a dix ans. Il étai seul sur son siège et il avait l'air si triste, il m'aurait arraché des larmes. j'ai dit : puis-je me permettre ? Et je me suis installée en face de lui, à l'envers. Il me regardait de ses beaux yeux de chien battu, c'était très romantique. Ah ! Mon dieu, quel voyage, mon Jojo m'envoyait des oeillades de plus en plus langoureuses, et moi, au lieu de sourire, je me tenais le ventre, j'avais de plus en plus mal au coeur. Et cet imbécile de Louis qui appuyait sur le champignon dans les nids de poule sous prétexte qu'on avait trois minutes de retard et que sa chérie l'attendait au terminus !

Dans un grand élan d'empathie,  Jojo m'a sussuré : vous allez bien, Madame ? J'étais pâle comme la mort, les virages et la choucoute de midi ne passaient pas, j'ai vomi sur le trottoir en arrivant en ville. Jojo m'a emmenée au bistrot le plus proche, il a commandé une verveine et on ne s'est plus quittés pendant dix ans.


Ah !  ce 122, c'est là aussi que j'ai fait la connaissance de cet abruti, je veux dire Lulu, mon mec actuel,  j'étai assise à l'envers, encore une fois, et lui sur un siège d'appoint, là où l'on s'installe quand il n'y a plus d'autre place. Je l'ai tout de suite remarqué, à cause de son look improbable. J'aurais dû me méfier, un gars qui porte des chaussures fermées sans chaussettes en plein mois de mai. Je pensais : ça doit cocotter sec, là dedans ! Non, vraiment, rien d'attirant chez lui, et puis, c'est quand le pirate du bus est monté à l'arrêt bienvenue en criant : les mains en l'air ! et nous a menacés de son arme, que nos destins se sont scellés. Comme j'étais à l' avant du bus, j'ai voulu fuir par l'arrière, et dans ma fuite, je me suis retrouvée... dans les bras de Lulu. Qui m'a protégée aussi bien qu'il a pu. J'étais verte, le chauffeur décomposé, on s'est arrêtés sur le côté, mais le pirate a eu une seconde d'inattention, et Lulu, n'écoutant que son courage,  en a profité pour  le ceinturer et le neutraliser.


Je n'ai pas pu faire moins, le soir même, pour remercier mon sauveur, que de lui offrir ma maison et mon lit...C'est le lendemain, en ouvrant le journal, que j'ai appris que l'arme n'était qu'un simple jouet de plastique. Lulu, lui,  l'avait deviné tout de suite, vu qu'il est vendeur chez king jouets et que c'est lui-même qui avait vendu l'engin au pirate, la veille... ce que je n'ai su qu'après ! J'aurais bien voulu le virer, ce fanfaron, cet immonde olibrius, mais le mal était fait, alors, par pitié, je l'ai gardé.


Et dire que j'ai failli louper le 122 par sa faute ! Avec un peu de chance, et si Louis ne fait pas trop de salamalecs et de gringue à ces dames, j'arriverai à temps tout à l'heure pour mon rancard, le petit blond du fond du bus, celui qui me calculait si fort l'autre jour, a proposé de me revoir,  j'ai l'impression que ça va bien le faire entre nous,  pour peu qu'il  accepte de retirer cet affreux piercing qui lui déforme un peu le nez, je sens qu'on va bien s'entendre tous les deux...
 
cloclo, 2 mai 2009

http://plumeagile02 .canalblog. com

Publié dans Auteurs-amis

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ammann 09/05/2009 18:25

Ben je vais venir déposer mes textes sur ton blog, chère sorcière, vu que ça réagit mieux chez toi que chez moi. Chez moi, ils sont un peu endormis, est-ce le froid ? En tout cas, merci à tous, vous êtes supersympa, on en redemande des commentaires comme ceux-là ! bises à tous. cloclo

Aimela 09/05/2009 20:54



Si tu as envie pourquoi pas, c'est vrai  que mes  visiteurs  et maintenant amis  sont très attachants  et adorables , ils ne craignent pas le froid . Merci Cloclo et
passe quand tu veux, c'est toujours ouvert , bises  



Moun 08/05/2009 12:52

Coucou, elle a beaucoup de talent ton amie pour nous garder les yeux collés à l'écran ! Bravo en tout casBon week-end

Aimela 09/05/2009 20:59


Oui Cloclo a beaucoup de talent , c'est pourquoi je lui ai demandé ce texte ( sourire) Merci Moun et bon dimanche


liedich 08/05/2009 06:52

oui, j'aime, cela me rappelle mon Saint Ouen ! oh c'était y'a bien des piges mais ces faux gigolos et ces marmots à la con, cette convivialité par force, cette ligne que l'on ne  veut pas rater... tout ce que j'ai fui quoi peut être pour mieux l'aimer aujourd'hui.Peut être ce qui m'a fait petit à petit, ce que j'ai fui avec ce qu'il y avait autour ! qui sait ! une belle page qui se lit de plus en plus vite, la frénésie de l'envie, d'un autre instant q ue celui que l'on vit mal avec l'espoir.Merci Joli Prénom.

Aimela 08/05/2009 10:50


Merci surtout à Cloclo qui a accepté que je mette son texte sur mon blog et merci  Liedich, passe un bon week-end, amitiés


Clo 07/05/2009 23:18

J'ai vraiment beaucoup apprécié ce texte. Sous des allures un peu cavalières on ressent toute la sensibilité de la narratrice.Bravo vraiment !Bises à toi Aimela.Clo

Aimela 08/05/2009 10:51


Merci pour l'auteur  Clo, elle sera sensible à ton commentaire , bises


Babeth 07/05/2009 22:23

elle a son franc parlé, cloclo. Génial ce texte, j'ai bien aimé.

michel 06/05/2009 12:47

CLOCLO nous avait caché que "ses rencards" n'étaient que des rencontres de busje vais vendre ma voiture et prendre le bustexte sympaMerci ,Martine pour la transmission de ce texte

Aimela 07/05/2009 11:32


Tu peux vendre ta voiture mais pour rencontrer "la copine" à Cloclo, il faut que tu déménages dans l'est ( rires) Merci pour Cloclo et bises


jacques 06/05/2009 11:39

merci a cloclo pour ce texte j'ai bien aimé et merci a toi martine pour l'avoir mis amitiés

Aimela 07/05/2009 11:33


Merci Pour Cloclo , fidèle Jacques, amitiés