Ces gens-là… de Joëlle

Publié le par Aimela

Je suis très occupée  en ce moment  et malheureusement pas de temps pour écrire.  J'ai demandé à Joëlle  si elle ne pouvait pas  me laisser son texte " ces gens là" que j'ai beaucoup aimé, elle m'a dit oui et je l'en remercie , j'espère  qu'il vous plaira comme à moi. COSETTE Et Jean Valjan

Ces gens là


Marius est un mari parfait : un homme amoureux, généreux, courageux, vigoureux, chaleureux, joyeux, pieux, un homme précieux. Altruiste, intelligent, poète à ses heures et surtout aux miennes, il est jeune, il est beau, le front hautain, le regard pensif, le sourire très doux. Ses cheveux d’un brun soyeux flottent sur ses cols des chemises immaculées que j’entretiens religieusement. Je ferais tout pour Marius, il en ferait de même pour moi. Il est baron, je ne suis rien mais nous nous aimons tant que s’il y a conflit entre nous, il faut aller en chercher le motif ailleurs que dans les questions de sang bleu.


Il fut un temps, lorsque mon père vivait encore près de moi et que je l’accompagnais dans ses promenades au jardin du Luxembourg, où l’on nous surnommait Melle Lanoire et Monsieur Leblanc. J’aimais me vêtir de sombre, mon teint n’en semblait que plus pâle et mes cheveux plus dorés. Mon père s’habillait de tons clairs et de chemises pastel, je lui tenais le bras. Nous ne passions guère inaperçus, « qui étions-nous ? Quelle était notre relation de couple ? ». Père et moi nous amusions fort des regards appuyés, de l'équivoque et des muettes questions que provoquait notre passage.


Notre vie changea lors d’un déjeuner de 1er de l’an au Procope. Mon père se délectait d’un « coq au vin ivre de Juliénas » et je faisais un sort à un plateau d’huitres farcies  lorsque je pris conscience du « bruit »... Je ne pus avaler une bouchée supplémentaire, j’étais tétanisée.


Dès lors, le bruit devint omniprésent à chaque repas. Je tentais de m’adapter, de m’habituer, de le gommer par divers stratagèmes. Je m’efforçais d’expliquer le problème à mon père mais il ne sut qu’en rire et s’en moquer. Mon hypersensibilité auditive l’amusait.  La mort dans l’âme, je quittais donc à jamais la maison familiale et m’en fut errer dans les rues d’un Paris malpropre, plein de bien d’autres bruits et de pires nuisances.


Je passais ainsi plusieurs nuits dans les frondaisons du Jardin du Luxembourg. Un matin, j’y rencontrai Marius qui y promenait, comme chaque jour, Fanny, son bouledogue anglais. Marius avoua m’avoir déjà aperçue lors de mes promenades avec mon père. « Il suffit d'un sourire entrevu là-bas sous un chapeau de crêpe blanc à bavolet lilas, pour que l'âme entre dans le palais des rêves ». me déclara-t-il ce jour-là.
Il m’épousa le mois suivant.


Me voici aujourd’hui à la table du déjeuner, devant mon époux, Marius de Pontmercy, un homme aussi parfait que l’était mon père. Je vais pourtant le quitter, fuir mon amour et ce somptueux appartement comme j’ai fui l’hôtel particulier de mon père adoré.
Je quitte « le bruit ».


Face à lui, rien n’a d’importance, ni les lieux, ni les gens que l’on aime.
Le bruit dévore le sentiment, il le hache menu, l’atomise, le pulvérise à tout va, le bruit déshumanise. Ce bruit tue, c’est un bruit assassin, il est au fond de moi, de mon histoire et de mon destin.


Je m’appelle Cosette, rescapée des Thénardier, ces tortionnaires avaricieux qui mangeaient leur soupe froide avec de grands bruits de bouche, d’aspiration, de succion ostentatoire, de claquements langue et de déglutition de gosier, avec de grands Sleurp !!!! scroch !!!!!!!!! fuffff !!! miam !!!!


Quand Jean Valjean m’a recueillie, il mangeait en silence, bouche fermée. Las, l’âge et l’intimité ont pris le pas sur les bonnes manières, mon père s’est lâché, le forçat est revenu en force, et il a commencé lui aussi à faire grand bruit en mangeant. Sleurp !!!! scroch !!!!!!!! fuffff !!! miam !!!!


Voilà maintenant que Marius, mon très cher époux, oublie de fermer la bouche en mastiquant et que le vacarme qu’il fait en prenant ses repas est devenu insupportable… Sleurp !!!! scroch !!!!!!!! fuffff !!! miam !!!!


BEURK !!!! Je suis misérable, suis-je maudite pour autant ?
Les sœurs de la Trinité, m’accueilleront dès demain au Couvent des Carmes. Ces saintes femmes sont réputées pour leur probité, leur chasteté, leur sobriété. Chaque jour que Dieu fait ou défait, elles mangent leur bol de soupe et leur hostie azyme dans un silence religieux.
Demain, je serai heureuse…


JOËLLE - 9/06/10



Publié dans Auteurs-amis

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michel 26/06/2010 15:18



Texte surprenant ,petite Cosette


Que ce bruit de "négligence" exaspère


bisous........michel



Aimela 27/06/2010 12:08



Moi aussi, j'ai trouvé ce texte surprenant, j'aime  et c'est pourquoi je l'ai demandé à Joëlle Merci pour elle
Michel et bises



BabethUn cêdre rose 24/06/2010 22:38



c'est une belle histoire vue sous un angle amusant... Il faut dire à Joëlle qu'elle donne des boules quies à Causette, comme ça elle pourra rester avec Marius... En fermant les yeux aussi,
évidemment, hi hi...



Aimela 25/06/2010 10:04



Pas besoin de le dire  à Joëlle, elle passera sûrement  lire  les commentaires, je l'ai prévenue  Merci pour elle Babeth  et bises



un dimanche sinon rien 23/06/2010 13:04



Bonjour, je suis enfin de retour pour pas tres longtemps.


Heureux de te retrouver et de tomber sur ce "recadrage", cet autre point de vue...dés que je peux je vais aller lire ton article sur Yves Tanguy que j'adore!



Aimela 24/06/2010 11:32



Contente de ton retour même si c'est pour peu de temps . Merci dimanche et  bonne journée



jacques 26 23/06/2010 10:17



beau texte merci a joëlle et promis plus de bruit en mangeant


amitiés martine



Aimela 24/06/2010 11:34



Tu as intéret de ne plus faire de bruits en mangeant sinon ton épouse fera comme Cosette, elle partira Merci Jacques
pour Joëlle et pour moi , amitiés