Henriette ( 2)

Publié le par Aimela

Place st Sauveur


Une semaine se passe pendant laquelle Anne sort tous les jours rendre visite à ses amies. Henriette est toujours inquiète pour son avenir mais elle est soulagée de l'aveu ainsi que de la réaction de sa maîtresse. Le lundi suivant Anne l'appelle dans son boudoir.



- Je me suis occupée de toi Henriette, j'ai parlé de ton problème à plusieurs de mes amies sans leur dire de qui est le bébé, tu comprendras que c'est trop dur pour moi. Je leur ai dit que tu t'étais fait violer par un inconnu dans la rue. Une de mes amies a une place pour toi, elle vient de perdre une bonne servante en couches et cherche à la remplacer et peut-être que tu pourras épouser le veuf qui est son jardinier. Tu pourrais ainsi élever le petit si le veuf veut bien de toi. L'enfant est pour l'instant chez ses grands parents mais ils sont en mauvaise santé et ne pourront pas le garder longtemps au près d'eux.


- Mais Madame, je ne le connais pas.


- Je sais mais dans ta situation, tu ne peux pas faire autrement,si ce jardinier veut bien de toi, accepte cette proposition. A défaut d'amour, tu garderas ton honneur et ton enfant aura un père. Mon amie m'a dit qu'il est très travailleur et honnête comme toi. Tu le verras dimanche, nous irons le rencontrer chez Madame De la Tour, place Saint Sauveur.


- Que va dire Monsieur ? Il sait que je ne sors jamais avec vous d'habitude.


- Charles-Edmond ne dira rien, il déteste les papotages, de plus, il sera probablement à son club, occupé à parler de politique. A mon avis, il ne te verra même pas sortir. Allez du courage ma fille, il y va de ton destin.


- Bien Madame.


Il fait beau en ce dimanchede juillet et les hirondelles volent haut dans le ciel bleu quand Anne et Henriette se rendent chez Madame De la Tour à pied, son hôtel particulier étant très proche de celui des De Mortalon. Madame de la Tour accepte Henriette dans son personnel puis fait appeler son jardinier.


- Léon , je vous ai parlé d'une femme qui pourrait élever votre enfant, elle est ici devant vous et se prénomme Henriette. Je vous laisse faire connaissance et pendant ce temps, je vais faire admirer la roseraie à Madame De Mortalon, elle est si belle grâce à vos soins.

Seuls,les jeunes gens intimidés se regardent sans un mot puis Léon, timidement s'adresse à Henriette.


- Vous êtes bien jolie, Vous accepteriez de m'épouser ? vous méritez mieux qu'un vilain taiseux comme moi… et puis, j’ai un gosse à élever. Sa maman, si chère à mon coeur est morte en le mettant au monde.


- C'est que je suis moi aussi dans une position bien difficile …


- Je le sais, Madame De la Tour m'a dit qu'un vaurien dans la rue avait abusé de vous et que vous étiez grosse de ses oeuvres. Que c'est-y pas malheureux , une mignonne comme vous. Ecoutez, je veux bien de vous, ce serait même un honneur d'avoir à mon bras une épouse vertueuse et belle alors si vous acceptez, nous nous marierons et élèverons ces deux petiots ensemble. Qu'en dites vous?



- Vous m'acceptez malgré tout ça ? Et s'il m'arrivait la même chose qu'à votre épouse ? Vous vous retrouveriez avec deux enfants dont l'un étranger à vous.



- C'est un risque, c'est sûr mais vous me paraissez plus solide que ma pauvre Germaine et puis la déveine ne tombe pas toujours sur les mêmes quand même . Ah ! j'ai oublié de vous dire, j'ai mes parents qui vivent rue Pémagnie, c'est eux qui gardent Charles mon petit garçon. Si vous le souhaitez et si nos maîtresses sont d'accord nous irons leur rendre visite.


Henriette fait un oui de la tête tout émue par tant de gentillesse de la part d'un homme qu'elle ne connaît pas. Son père était un soulard et la frappait et l'autre le géniteur une ordure. Enfin, elle rencontre un homme bon et à ce constat, elle se met à pleurer. Décontenancé Léon la réconforte gauchement si bien que c'est un long fleuve qui coule à présent de ses yeux . Que faire? Il est perdu... Heureusement que Madame De la Tour et Madame De Mortalon s'approchent …


- Voyons Léon c'est ainsi que l'on fait des misères à une femme ? Dit malicieusement Geneviève De laTour.


- Je ne sais pas ce qui est arrivé, je lui ai parlé et la voilà qui pleure.


- Que lui avez vous dit pour qu'elle soit dans cet état ?


- J'ai dit que je voulais bien d'elle mais peut-être qu'elle est blessée et qu'elle refuse ? Je suis un rustre.


Ce n'est pas ça répond Henriette un peu remise de ses émotions . J'accepte tout de ce qu'il demande avec toute ma gratitude en plus. Aucun homme ne m'a jamais parlé aussi gentiment que lui.


- Dans ce cas, tout est parfait, il reste à s'occuper des formalités mais ça, c’est Madame De Mortalon et moi-même qui nous nous en chargeons, allez voir le bébé et apprenez à vous connaître un peu d’avantage tous les deux.

Publié dans Mes-textes-proses

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Russalka 19/02/2010 10:14


ce que tu écris là éveille doublement des souvenirs
ma grand mère s'appelait Henriette ( ce devait être un prénom courant à l'époque)
elle était femme de chambre
mais enfant de l'assistance publique, elle ne connaissait personne hors l'institution qui l'avait élevée et placée dans cet hotel particulier parisien comme femme de chambre.
C'est là qu'elle a rencontré mon grand père, alors commis à la banque de France, et qui venait de temps en temps porter des subsides je suppose.
Leur mariage fut arrangé par les maitres des lieux, et ce fut un mariage d'amour en plus...
Mais en des circonstances tellement moins dramatiques.


Aimela 20/02/2010 10:41


Comme quoi la fiction rejoint un peu la réalité  et pourtant je ne connaissais absolument pas  la vie de ta grand mère .Merci de ton témoignage Viviane , bises


michel 18/02/2010 16:31


je pensais que tu allais nous faire une fin plus triste

c'est bien le siècle dernier quoi que de nos jours.......

enfin, encore une bonne de tes histoires

merci Martine

à bientot pour le café....bisous

michel


Aimela 19/02/2010 07:31


Elle n'était pas fini cette histoire, je viens de la déposer , j'espère que le fin ne sera pas trop triste pour toi. Merci Michel et bises


Corinne 17/02/2010 12:19


elle est prenante et très jolie ton histoire
Mais quand on voit la gentillesse de Léon, on ne peut -être sûr que d'une chose
Henriettesera très heureuse, enfin je pense
Malgré l'émotion que tu nous donnes on attends la suite


Bisous


Aimela 18/02/2010 09:54


La suite viendra  demain  ou samedi suivant mes occupations Je suis contente que  cette histoire te
plaise, merci Corinne  et bises


liedich 17/02/2010 11:43


T'es vraiment un Sorcière, tu viens de me faire chialer....
Non mais, on n'a pas idée.
Le rapport que tu décris, cette bourgeoisie et  ces "Personnes de  travaux", cela me fait drôle. Oh je connais mais quand même, la dignité à une certaine époque !!!
Merci joli prénom. La suite maintenant.


Aimela 18/02/2010 10:15


 je suis désolée  de t'avoir fait pleurer, je vais essayer de ne plus recommencer. pour la suite, elle viendra demain ou samedi  suivant mes occupations . Merci Liediich et amitiés


Mony 17/02/2010 11:05


J'espère que Henriette et Léon vont s'entendre... qu'ils aient droit à un peu de bonheur. J'attends la suite de ce bout de vie.
Bises, Mony


Aimela 18/02/2010 10:21


Je l'espère  mais tu connais la réponse Merci Mony de m'avoir aidée de tes conseils éclairés sur ce texte  et
de jouer le jeu avec ce commentaire. Mille bisous  mon amie


Merlin 17/02/2010 10:56


Ton histoire me fait penser à "Une vie" de Maupassant ou en plus récent à "Poussin de haie" :
http://livre.fnac.com/a1604567/Sophie-Lucet-Poussin-de-haie
mais surtout à tous ces enfants abandonnés des siècles derniers que j'ai retrouvés en consultant des archives diverses pour des recherches généalogiques. C'était souvent le cas : de très jeunes
filles abusées par des salopards ! D'ailleurs, certains hospices et des églises étaient équipées de petites trappes ou niches pour y déposer le bébé abandonné par ses pauvres femmes qui, de toute
façon, auraient été couvertes d'opprobre et rejetées par la société. Mais je n'oublie pas non plus que de nos jours il y a encore 200 000 avortements par an ! Avec les moyens contraceptifs dont
nous disposons, c'est intolérable, sans compter les accouchements sous X, les abandons et les maltraitances de femmes et d'enfants... La nature humaine est parfois - trop souvent - ignoble !


Aimela 18/02/2010 10:37


C'est drôle Merlin que tu fasses  une allusion à "une vie" de Maupassant . Je ne sais pas pourquoi je  ne l'aimais  mais j'avais confondu avec un autre . Grace à des amis blogueurs
"Bonheur de lire" J'ai fait connaissance  de cet écrivain, j' ai acheté  "Une vie " et plus tard  Bel-ami" que j'ai  dévoré tous 2 d'un trait . C'est vrai qu'inconciemment" une
vie " m'a inspirée.

 J'ai entendu parler des trappes et aussi des faiseurs d'anges ( je m'interesse beaucoup à l'histoire)
Le monde n'a pas changé et malheureusement ne le fera pas , on trouvera toujours  des gens ignobles malgré les progrés en toute sorte mais  il y a  ausso des gens de grande
générosité et heureusement sinon  cela ne vaudrait pas le coup de continuer de vivre.

Merci Merlin et amitié



LeR@miou 17/02/2010 10:20


kikou,

c'est bien sympa tout ça ;o)
bises 


Aimela 17/02/2010 10:25


Merci de ton passage ainsi que de ton commentaire LER@miou, bises


jacques 26 17/02/2010 10:19


il y aura une suite martine? dis moi que oui !! ton histoire est si prenante
amitiés


Aimela 17/02/2010 10:27


Oui, il y a une  suite Jacques . Je suis contente que cette histoire te plaise. Merci et amitiés