LA MOUETTE BLEUE( Joëlle)

Publié le par Aimela

Pendant que j'essaie d'écrire ma nouvelle et que je travaille sur un petit spectacle  par ailleurs, je  vous propose ce très joli petit conte offert par Joëlle . je la remercie infiniment .

la mouette bleue

La mouette Bleue

 

Il était une fois une princesse qui n’avait rien pour être heureuse et qui ne l’était pas.  Elle habitait un château de marbre blanc, posé comme une bougie, sur la pointe extrême du Pic des mouettes. En contrebas, une mer houleuse et grise montait sans répit à l’assaut des rochers. Un ressac perpétuel minait la pierre, grignotait la falaise. Bientôt, le château croulerait, s’affaisserait dans les vagues et emporterait la princesse Icy qui n’attendait que ce jour béni.

 

 Le roi et la reine, ses malheureux parents, souffraient de ne pouvoir marier leur fille et plus encore de la voir errer sans but, le regard morne, les joues striées de crevasses, de cicatrices et de plaies à vif. Le crâne de la jeune fille était régulièrement tondu et camouflé sous des boudins torsadés de foulards de soie. Son corps gracieux et délié était pourtant dissimulé sous des caftans en lambeaux qu’elle changeait plusieurs fois dans la journée.

 

La princesse n’avait pas d’amis, pas d’amour, pas de frères ou de sœurs. Ses parents, ses serviteurs et même ses animaux familiers ne pouvaient l’approcher. Tous la fuyait, l’évitait et jamais au grand jamais personne ne la touchait. Le malheureux sortilège qui l’a frappait l’isolait de ses semblables et l’emmurait vivante. Elle-même ne pouvait  effleurer son corps, ses mains étaient protégées de gants de titane  parfaitement isolés. 

 

Icy avait le cœur lourd, elle rêvait d’un prince charmant, d’un mari, d’un amant, d’enfants. Peu exigeante de nature, elle consentirait même à convoler avec un manant aux dents pourries et aux mains chaudes pourvu que cesse l’envoutement qu’elle subissait depuis plus de vingt ans.

 

Tout ce que touchait la princesse, choses, bêtes et gens se transformait en bloc de glace et gelait sur place. Les cicatrices sur son visage étaient le résultat d’un simple effleurage pendant le sommeil, les cheveux qu’elle avait voulu coiffer s’étaient mués en stalactites, il avait fallut les raser. Son chien favori était statufié depuis bien longtemps sur les marches du palais et maints domestiques étaient figés à jamais dans la glace. Quant à ses vêtements, ils touchaient fatalement le corps d’Icy et devenaient immédiatement gelés, se déchirant, s’effilochant au cours de la journée, la laissant en perpétuelles guenilles.

 

La princesse se sentait pourtant le cœur brûlant, le sang lui battait parfois les tempes. Sa froideur n’était qu’externe, Icy irradiait de l’intérieur et personne ne le remarquait. Sa douleur et sa frustration entretenaient sa mélancolie et jamais on ne la voyait sourire.

 

Ce fut aux premiers jours du printemps quand le ciel s’éclaircit et que le soleil réchauffa enfin le Pic des mouettes que l’oiseau bleu vint frapper à la vitre de chambre de la princesse. Un sang écarlate suintait d’une blessure au flanc et une flèche miniature lui avait traversé l’aile. La jeune fille oublia la malédiction et soigna l’oiseau tout le jour.

 

Un sang écarlate coula alors à flot des blessures de l’animal, recouvrant les mains maudites d’Icy et poissant de vermillon les plumes de la mouette bleue. La bête ne gela point. Pour la première fois de son existence, la princesse avait touché quelqu’un sans lui ôter la vie.

 

Au petit matin, elle passa le sang de l’oiseau sur son visage, sa tête et son corps tout entier et devint la plus ravissante jeune fille du royaume. A la lune montante la mouette bleue battit des ailes et se métamorphosa en prince très charmant vêtu de vermillon.

Joëlle

 

 

 

 

 

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liedich 06/02/2010 17:12


Oops, je m'attendais à une de ces belles histoires de princesse et me voici me remuant et me remuant dans tant de laideur, de blessures, de souffrance, de négation.....
Je commençais à despérer quand.... ah, oui, elle devient belle et le prince charmant est au rendez vous. Alors me reviennent mes propres couleurs que j'avais perdues. 
Merci Joëlle, la suite qui dépeint les amours.... je veux !
Douce journée et merci Joli Prénom.


Aimela 07/02/2010 09:55


Merci pour elle liedich  et pour ton passage fidèle poète , amitié


fabienne 05/02/2010 18:09


Bonjour Aimela. très beau conte que j'ai pris plaisir à lire. félicitations à Joëlle!
Bonne soirée, amitiés


Aimela 05/02/2010 20:39


Joëlle sera heureuse que tu ais aprécié Merci pour elle , Bonne soirée à toi, amitiés


michel 02/02/2010 21:29


Bravo Joëlle, beau conte

le réchauffement s'il n'est pas climatique est donné par les animaux

merci Martine

bises
michel.de caen


Aimela 03/02/2010 11:06


Oui bravo Joëlle  et merci Michel de ton passage , bises


jacques 26 02/02/2010 11:02


magnifique
merci a joelle et a toi pour l'avoir publié
amitiés martine


Aimela 03/02/2010 11:12


joëlle sera contente que tu aimes son petit conte, je te remercie  en son nom Jacques. Amitiés