plinthe...plainte
incipit : Il y aura toujours quelqu'un pour repeindre les plinthes. (Laurent Mauvignier in « Apprendre à finir »)

Plinthe...plainte
Il y aura toujours quelqu'un pour repeindre les plinthes et le reste avec, se dit Déborah, elle en a cure du matériel. Avoir une belle maison, une voiture, des meubles ne la ravissent pas du tout. Cela n'a pas toujours le cas, c'est vrai mais la vie ne lui a apporté que misères, maintenant elle vit ailleurs où seuls les mots ont de l'importance....Et les couleurs aussi .
Ah les mots ! Elle les imagine rouges, jaunes, bleus, oranges, fruits savoureux qui fondent doucement dans la gorge. Des mots durs, les doux, les faciles, les compliqués, les nouveaux, les anciens Déborah les attrape, les brasse, les suce délicatement, les savoure comme des bonbons à l'anis qui ont fait son enfance.
Déborah mastique et jette certains vocables tant ceux ci la blesse au plus profond d'elle la laissant anéantie de tout, petite chose repliée sur elle même. Dans certaines occasions elle les enfouie au fond de sa tête, prêts à ressortir tel un guignol de sa boîte de pandore et elle regarde béate l'effet sur les gens. Sortira t-il d'eux, des larmes, des rires, des colères ?
Plinthes par exemple ce ne sont que des planches de bois ou de carrelage en bas du mur mais c'est aussi le râle les soirs de grande solitude et de misères. C'est vrai que l'orthographe n'est pas la même mais qui s'en soucie lorsqu'on dit ce terme ? Vous ? Déborah a goûté à plinthe, elle le déteste et sans appel de révision, il n'ira pas au purgatoire des mots, elle le jette aux enfers.