Aujourd'hui, je vous offre un petit poème de Marie-Noëlle , une des siphonnés de l'écriture qui sévit dans mon quartier, elle s'est inspirée des paroles de " les mômes " d'Edith Piaf. Elle n'a pas de net ni même d'ordinateur alors c'est moi qui répondrait à vos gentils commentaires.
Pour mon petit atelier de quartier bien avant le confinement
Ce texte est une fiction tirée de plusieurs faits réels ( ce n'est pas mon histoire)
Marianne éborgnée
Un seul regard
« Quoi ma gueule ?
Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
Quelque chose qui ne va pas ?
Elle ne te revient pas ?
Oh je sais tu n'as rien dit
C'est ton œil que je prends au mot
Souvent un seul regard suffit « Johnny Hallyday
C'est sûr que ma gueule ne t'a pas plu car ce n'est pas au mot que tu l'as pris mon œil mais au flash-ball lors d'une manifestation pacifique.
J'ai vingt ans, je fais des études qui coûtent de plus en plus chères. Je suis obligée de travailler malheureusement, j'ai beau traverser la rue même toutes de ma ville, il n'y a pas de travail c'est pourquoi je manifeste pacifiquement avec les gilets jaunes. Soudain devant nous des barbouzes avec des grenades et des flash-balls. Nous stoppons à 30 m devant eux . Agressés peut-être à cette distance , ils lèvent leur fusil et vlan, je reçois le projectile dans l’œil. Urgence, radios, scanner, diagnostic : œil crevé. Pourquoi ? Et que vais-je faire maintenant ?
Une gueule cassée de plus, une vie brisée pour désirer un peu de mieux vivre. Le regard des autres sur cet œil fermé à tout jamais me fera-t-il plus de mal que le coup lui même ? Je ne sais pas. J 'ai 20 ans , que va devenir ma vie ? Dois-je me replier sur moi ou bien continuer à me battre avec tous les éborgnés pour manger à ma faim ? Me battre pour ne pas craindre le regard des autres , confortablement installés dans leur canapé et regarder les chaînes de médias de merde achetés par des hyènes sanguinaires ou affronter ces regards qui nous jugent et nous insultent parce-qu'un jour, j'ai osé me rebeller pour l'instant, le choix m'est difficile.
Le Chiffonnier allumant sa pipe de Jean-François Raffaëlli
Un texte écrit lors d'une séance à mon petit atelier d'écriture de mon quartier . Il nous fallait ajouter où l'on voulait, un petit morceau de texte du " ventre de Paris " de Zola
Et ce fut la misère
C'était au temps où tout se passait bien, il était marié, il avait des enfants bien grassouillets car son négoce était en plein essor mais voilà une sécheresse plus longue, plus dure a fait que seuls, quelques riches bourgeois pouvaient acheter de sel, de la farine et de quoi se nourrir et puis un jour, plus de farine parce que plus de blé, plus de fruits, plus de légumes seul le sel était encore là mais à quel prix . Manque de fonds nécessaires pour le commander, il ne pouvait plus acheter ni en vendre. Les huissiers étaient à sa porte.
Ne pouvant plus subvenir aux besoins de sa femme, ses enfants qui de faim et surtout de maladies, il vit ceux ci décéder les uns après les autres. Est-ce du à la loi des séries ou à la punition d'un Dieu vengeur qui le punissait car il n'allait pas aux messes du matin, du midi et du soir ? Mais lorsqu'on avait un commerce , on ne pouvait pas perdre de temps avec ces balivernes de religion aux-quels il ne croyait pas. Aurait-il du ? Il ne savait pas de trop et il n'en avait plus rien à en faire. Il mourait de faim.
C'était au temps pas si lointain où il fut obligé de partir seul, affamé, désespéré dans les rues de la ville à la recherche de quelques légumes ou fruits voir même quelques feuilles oubliés sur le bord des fenêtres ou si par miracle, dans les rares jardins se trouvant dans la ville et qui, au temps des vaux gras donnaient à foison dans les années d'opulence.
Mais non, rien de rien. Il n'y avait plus rien.
* « C 'était l'agonie, le frisson du matin le prenait;il claquait des dents, il avait peur de tomber là et de rester par terre. Il chercha, ne trouva pas un coin sur un banc ; il y aurait dormi, quitte à être réveillé par les sergents de ville. Puis, comme un éblouissement l'aveuglait, il s 'adossa à un arbre, les yeux fermés, les oreilles bourdonnantes. La carotte crue qu'il avait avalée, sans presque la mâcher, lui déchirait l'estomac, et le verre de punch l'avait grisé. Il était gris de misère,de lassitude, de faim. Un feu ardent le brûlait de nouveau au creux de la poitrine ; il y portait les deux mains, par moments, comme pour le boucher un trou par lequel il croyait sentir tout son être s'en aller. Le trottoir avait un large balancement ; sa souffrance devenait si intolérable, qu'il voulut marcher encore pour la faire taire.
Une grande lâcheté l'envahissait. Il aurait mendié. Sa sotte fierté de la nuit l'exaspérait...
A cette heure, il était seul, il pouvait crever, sur le pavé, comme un chien perdu « *